mardi 22 juin 2010

Transports communs

On en sait un peu plus depuis hier sur les meneurs de la Fronde Française de Football. Ils se nomment, outre le capitaine Patrice Evra, William Callas et Eric Abidal (et peut-être Thierry Henry dont on pensait qu’il tiendrait un peu plus l’institution en respect). Ce sont des joueurs en bout de course [outre le capitaine, Patrice Evra toujours, qui vient de tirer à bout portant dans la tempe de sa carrière – la balle ricoche toujours], rincés, plus vraiment au niveau, qui jouaient sans doute leur dernière compétition internationale et qui ont, pour certains, déjà eu des problèmes relationnels avec certains de leurs coéquipiers dans leurs clubs respectifs ou lors du dernier championnat d’Europe. Aux dernières nouvelles, ils refuseraient maintenant de jouer. On s’en fout. On ne les reverra plus. On ne s’en plaindra pas. Bon vent.

Depuis hier on en sait également un peu plus sur Roselyne Bachelot. Elle est complètement givrée. Comme si ce n’était déjà pas assez le cirque, la Ministre a joué à la conférence de presse. Les yeux étrangement exorbités, elle a parlé de son entretien avec des bleus traumatisés. Roselyne leur aurait tenu un discours – pour la patrie – digne de celui du président Américain dans Independance Day, juste avant que ces enfants d’salauds d’envahisseurs extra-terrestres n’en prennent pour leur grade. « Ils m’ont applaudie et ils ont pleuré », a-t-elle dit. On ne sait ce qui serait pire : qu’elle ait menti ou dit la vérité.

Depuis hier, on en sait enfin un peu plus sur la personnalité de Raymond Domenech. En fait, non. Ce mec est une anguille. Une savonnette trempée glissant sur le carrelage des douches. Peu importe, on sait maintenant que Raymond Domenech a une mère et qu’elle n’aime pas que son fils se fasse insulter à la mi-temps des matchs. La mère de Domenech, elle a une petite voix fragile. Qui a eu l’idée dingue de lui tendre un micro ? Toujours est-il qu’elle a dit qu’elle aimerait bien rencontrer Nicolas Anelka, pour lui dire le « sentiment d’une mère » et donc éventuellement lui expliquer très clairement qu’elle n’a rien, mais absolument rien, d’une fille de joie. Ensuite, elle rencontrera Joey Starr pour lui parler d’Œdipe et de Freud, et peut-être d’Onfray et des tendances fascisantes qu’on lui reproche ; je m’égare.

On en sait plus, en tout cas, depuis hier, voyez-vous, et on est bien contents, sur les équipes du Portugal et d’Espagne. Elles ne vivent pas de psychodrame. Elles ont des joueurs de football qui sont dotés de cette fonctionnalité étrange qui nous est inconnue : le sourire. Elles jouent au football et marquent des buts. Beaucoup même, en ce qui concerne le Portugal. C’est bien. Nous, français ne savons même plus ce qu’est une occasion de but.

A propos de but, on en sait plus sur la notion de goal average, qui va de pair avec celle de miracle. Sauf qu’un miracle, il y en déjà eu un, avec la main de Thierry Henry et il aurait sans doute mieux valu qu’il ne se produise jamais.

On en sait plus, toutefois, c’est vrai, sur ce que c’est que la honte depuis quelques mois. Et c’est bien, une vie sert à expérimenter toute la palette des sentiments humains. Le monde entier se fout de notre gueule. A raison. Dans un premier temps, on s’était vaguement convaincu que personne ne remarquerait rien, que les nations seraient davantage intéressés par les résultats de leur sélection que par les crises de nerfs répétées de la nôtre, mais voilà, la compétition ennuie tout le monde. Le jeu est pauvre. Les buts sont rares. Même les sud-américains ne parlent que de nous, enfin, de « eux ». Même Maradona qui n’est quand même pas un parfait exemple de maîtrise de soi nous donne des leçons de maintien. C’est le monde à l’inverse comme dirait Jane Birkin. Manquerait plus qu’une intervention de Harald Schumacher et ce serait le bouquet.

Depuis hier, on en sait plus sur les vacances de Laurent Blanc qui suit les aléas de la vie tumultueuse des bleus depuis son lieu de résidence. Atterré, l’ancien défenseur de l’équipe de France commence à sentir cette odeur faisandée qu’exhalent les plans foireux et il téléphone chaque jour au siège de la Fédération afin d’obtenir des renseignements sur l’avancée du délitement de l’équipe qui lui sera bientôt confiée. Le navire n’a plus de commandant. Laurent Blanc s’est entretenu avec toutes les assistantes de direction. Ils ont parlé chiffon et vernis à ongles (est-ce que c'est compatible avec des crampons, toussa !).

Bon, on en sait encore trop peu à notre goût sur l’honneur, la dignité et la rédemption mais pour ma part, j’en sais plus sur Pat, mon compagnon de blog, qui est un lâcheur de première catégorie. A l’heure qu’il est, il refuse de sortir du bus. Il a eu l’air rassuré quand je lui ai dit : « arrête de t’en faire Pat, sors donc du bus, on va bientôt prendre l’avion ». On nous attend sur le tarmac sous les coups de 18h00, heure française.



Harald
Enregistrer un commentaire