mercredi 16 juin 2010

High Five



Hier, le Brésil a battu la Corée du Nord sans convaincre. Par la plus petite des marges. Ricardo Izecson Santos Leite, dit Kakà, son stratège ballon-d’orisé a fait un tout petit match, au point qu’il se murmure aujourd’hui qu’il n’est plus que l’ombre de lui-même, incapable de faire les différences d’antan, à peine un an après avoir été acheté par le Real Madrid au Milan A.C. pour une somme qui dépasse la décence autant que l’entendement.

Mais là n’est pas le sujet de la chronique de ce jour. Lorsque Kakà sortit du terrain, remplacé par Nilmar à la 78ème minute, il prit le temps de saluer son entraineur puis il se dirigea ensuite vers son banc. Il tapa dans les mains de chaque joueur, avant de shampouiner affectueusement la tignasse d’Elano, auteur d’un but quelques minutes auparavant. Voilà qui respirait la joie – nulle trace de dépit. Le joueur brésilien semblait en apparence content de sa performance, se disait-on, et ses coéquipiers semblaient lui rendre hommage pour la qualité du travail accompli. Le décalage était saisissant, tant et si bien que je commençai aussitôt à douter de ce que je venais de voir.

Sydney Govou, attaquant-qui-n’attaque-pas de l’équipe de France (ce qui constitue apparemment une spécificité nationale), fut également remplacé l’autre soir, pendant France / Uruguay. Il l'avait bien mérité, il faut dire. Lui aussi rendit une effroyable copie et lui aussi observa toutefois exactement le même comportement.

On en conclue donc qu’il s’agit là d’une sorte de tradition. Dès que l’on sort du terrain, que l’on ait bien ou mal joué, il convient de saluer chacun de ses coéquipiers. Pas nécessairement pour se féliciter les uns les autres (les uns d’avoir fait un mauvais match, les autres d’être sagement resté assis pendant toute la rencontre), pas non plus pour se saluer, considérant que 70 minutes constituent un laps de temps suffisant pour que l’on se saluât encore comme lorsque l’on ne s’est pas vus depuis la veille et qu’on se dit bonjour au petit-déjeuner, mais simplement parce qu’il s’agit d’un passage obligé censé marquer la cohésion de l’équipe – et ce, même si ce n’est là que façade et neutre respect d’us et coutumes. Du reste, l'observateur en est au même point. Si Sydney Govou n’avait pas serré les mains de ses coéquipiers, en dépit du décalage constaté entre la performance et ce comportement obligé, chacun se serait empressé de noter l’étrange rupture dans le continuum social de l’équipe de France. Le malaise. On imagine l’article de L’Equipe du lendemain.


Govou dans la tourmente


La rupture semble consommée entre l’attaquant des bleus et ses coéquipiers. La fin de la rencontre s’est déroulée dans la confusion autant que dans un climat délétère. Mis à l’écart, boudé, isolé au sein du groupe, le futur ex-lyonnais n’a même pas pris la peine de saluer les joueurs du banc après son remplacement à la 77ème minute et un match indigne de son talent.



Avec cette histoire de serrage de mains, les joueurs de football sont comme des automates. Ils perpétuent une tradition dont ils ne comprennent plus le sens. Ils adoptent des réflexes qui ne signifient absolument rien. Mais ils le font quand même. Comme les shadocks pompaient. On suppose donc que demain, quand Henry sortira, remplacé par Gignac à la 72ème, au terme d’un match sans éclats, il respectera les mêmes gestes absurdes vides de sens. On assistera alors au spectacle incongru d’une équipe qui, bien que menée 3 à 0, n’oublie jamais de se congratuler.
Enregistrer un commentaire