dimanche 20 juin 2010

Chroniques des astres


Mardi 11 mai 2010 - Raymond Domenech a affirmé les jours précédents qu'il dévoilerait une liste de 23 joueurs sélectionnés afin d'éviter tout traumatisme aux recalés de la dernière ligne droite. Le Président Escalettes s'est déclaré heureux de cette décision, pleine d'humanité. Pourtant, le moment venu, sur le plateau du JT de TF1, le sélectionneur français annonce une liste de 30 joueurs présélectionnés dans laquelle ne figurent ni Benzema, ni Patrick Vieira, ancien capitaine du 11 tricolore. Vieira déclarera quelques jours plus tard n'avoir reçu aucun coup de téléphone ni attention particulière du sélectionneur.

19-25 mai 2010 - Raymond Domenech a réduit sa liste à 24 joueurs, puis à 23, après le forfait de Lassana Diarra. Les joueurs se sont parlés, ont aplani leurs désaccords. Ils ont randonné ensemble, ont passé une nuit en altitude. Les liens se sont resserrés. Raymond Domenech a demandé à ses joueurs de s'aimer et ils semblent pour le moment disposer à l'écouter. La presse y croit et nous y fait croire.

Mercredi 26 mai 2010 - L'Equipe de France rencontre le Costa-Rica en match de préparation dans un nouveau schéma tactique en 4-3-3 qui plait à tous les observateurs. Elle l'emporte 2 à 1. Le Lendemain, dans le quotidien L'Equipe, on ne se sent plut toucher terre, on en redemande, on déclare "avoir hâte des les revoir". Reynald Denoueix, consultant réputé dit s'être "régalé". A peine note-t-on que le jeu penche un peu trop à gauche, du coté de Ribery (personne ne note qu'il commence déjà à trop porter le ballon), qu'Anelka dézone trop souvent, que Henry semble se diriger vers la coupe du monde dans la peau d'un remplaçant. Evra est le capitaine de l'équipe. Gallas, dira-t-on plus tard, n'a pas été prévenu et n'a reçu aucune explication.

Dimanche 30 mai 2010 - L'équipe continue sa préparation. Les défauts du premier match semblent plus évidents encore. La Tunisie parvient à accrocher les bleus et obtenir le nul (1 - 1). Doit-on s'inquiéter ? Anelka a été transparent. Govou aussi. En revanche, la France a su revenir dans le match, c'est peut-être le signe d'une force mentale.

Mercredi 2 juin 2010 - L'ancien capitaine des bleus Thierry Henry a confirmé que Domenech était bien venu le voir à Barcelone pour lui révéler qu'il commencerait la coupe du monde avec un statut de remplaçant. Henry aurait accepté le rôle. On dit que cette entente honore les deux hommes. La veille, Domenech avait pourtant qualifié cette révélation de ragot.

Vendredi 4 juin 2010 - France-Chine doit se jouer à La Réunion. Les bleus dans les îles, c'est un événement. L'Equipe de France perd pourtant son dernier match de préparation contre une des plus petites nations de football. On parle du jeu, du ballon, du fait que Gallas semble mal vivre la perte du brassard et surtout la manière dont tout cela s'est déroulé. Le discours officiel commence à ressembler à celui de 2002. L'important c'est France-Uruguay. Sans doute, pensons-nous, mais une défaite contre la Chine, match amical ou pas, c'est une humiliation : personne ne semble assez courageux pour le relever.

5-6 juin 2010 - L'Equipe de France est sur le sol sud-africain. Elle va prendre ces quartiers à Knysna, à l'Hôtel Pezula. Le lendemain, Rama Yade tire à boulets rouges sur ces footballeurs trop bien logés qui semblent se foutre de la gueule du péquin moyen qui prend, lui, la crise de plein fouet. Opportunisme politique ou sincérité, la secrétaire d'état se fait reprendre de volée par sa ministre de tutelle, Roselyne Bachelot, ainsi que par Xavier Bertrand qui se sent pousser la fibre patriotique. C'est le temps des cerises : les bleus sont sacrés, les français DOIVENT être derrière eux, sans moufter ! Le soutien doit être inconditionnel.

11 juin 2010 - C'est le grand jour. L'Equipe de France fait son entrée dans la compétition contre l'Uruguay. Malouda, le joueur le plus en forme des 23 a été écarté au tout dernier moment. On dit qu'il s'agit là d'une sanction à la suite d'une altercation avec le sélectionneur. Mais Malouda dément, affirmant qu'il n'y a pas eu à proprement parler d'altercation mais un simple recadrage faisant suite à deux tacles trop musclés de sa part pendant un entrainement. Il dit en outre que sa non titularisation n'a aucun rapport avec cet épisode de la vie interne du groupe. Le match quant à lui est pauvre. Govou rate un but tout fait dans les premières minutes qui aurait pu tout changer. Malgré le changement de schéma tactique, les mêmes défauts constatés pendant la préparation ressortent de façon flagrante. Ribéry n'y est pas. Govou est cramé. Anelka se situe mal à la pointe de l'attaque. Henry ne dispose que de quelques miettes dont il ne parvient pas à faire grand chose. La défense a cependant tenu bon et avec un brin de réussite, l'Equipe de France aurait pu gagner ce match. France - 0. Uruguay - 0 C'est inquiétant mais personne ne soupçonne le désastre à venir.

13-14 juin 2010 - La visite d'un township est au programme des bleus. Depuis le début de la compétition, on reproche au staff français de boucler l'hôtel dans lequel résident les joueurs. Domenech semble reparti dans son délire aimez-vous, détestez tous les autres. Cette attitude tranche particulièrement avec celle des danois, presque voisins, qui s'entrainent chaque jour devant un public garni et qui offrent un visage radieux et souriant. Cette visite, c'est donc l'occasion pour les 23 de redorer leur image. Couleurs locales et tout le tremblement. Les joueurs disent qu'ils ont pris en pleine figure la pauvreté des habitants du coin. On croirait une visite de Miss Monde dans une favela. D'où sortent ces mecs ? Leur sincérité est de toute façon vite balayée par une nouvelle polémique. Les bleus ont en effet refusé d'attendre Rama Yade qui devait les accompagner. Lors de la conférence de presse qui suit, Eric Abidal exprime la rancoeur des joueurs de l'Equipe de France, suite à la polémique relative à leur hôtel. Goujaterie à tous les étages, susceptibilité mal placée. On commence à se demander si nos bleus sont bien nets. Le lendemain, le seul entrainement public prévu des bleus est un fiasco, à cause d'une pluie battante qui transforme le terrain en bourbier. Quelques spectateurs frigorifiés assistent néanmoins à la séance. On se dit que cette équipe a quelque chose de maudit. De crépusculaire.

Jeudi 17 juin 2010 - La tension est palpable avant France Mexique. Tout le monde attend de la sauce qu'elle prenne enfin. Ribéry et Anelka ont finalement eu la peau de Yoann Gourcuff. C'est historique, dans l'Histoire de l'équipe de France, les meneurs de jeu ont toujours fait la loi jusqu'à présent. Le match est à l'image de ce que fait l'équipe depuis le début. Pas de jeu collectif. Un Ribéry qui s'imagine en sauveur éternel. Un Anelka désintéressé. Un Gignac entré à la mi-temps pas au niveau, un Govou archi-cramé. Cette fois, la défense centrale est aux fraises et l'équipe repart avec deux buts dans la musette. Henry n'est même pas entré au jeu et Domenech n'a pas utilisé ses trois remplacements. A la fin du match, Malouda, parle d'orgueil et de fierté. Evra dit jouer dans une petite nation de football. L'équipe a touché le fond. Quelques jours auparavant, Abidal avait affirmé prophétiquement ne pas être un leader, malgré les demandes insistantes de Domenech pour qu'il endosse ce rôle? Il s'était dit surpris de cette insistance. "Je ne suis pas comme ça, ce n'est pas ma nature. Peut-être a-t-il vu ça dans les astres", avait-il dit en riant... ça sentait le pâté de gnous. Mais le pire était à venir : on allait finir par trouver du pétrole.

Samedi 19 juin 2010 - La Une de L'Equipe est terrible. Un Anelka grimaçant fait front devant un Domenech désabusé. "Va te faire enculer, sale fils de pute", c'est ce qu'aurait répondu Anelka au sélectionneur pendant la mi-temps du match France Mexique alors que ce dernier lui reprochait un positionnement déficient. Tout le monde est consterné. Par la Une, elle-même, malsaine et racoleuse, par Anelka évidemment qui a dépassé les limites, par Domenech dont il devient évident qu'il n'est pas (et n'a peut-être jamais été) l'homme de la situation. Quelques heures plus tard dans la journée, la sanction tombe : Anelka est viré. On dit qu'il vivait mal son incapacité à tenir le poste qui lui était confié, qu'il avait l'impression d'être une sorte de bouc émissaire des maux de l'Equipe. Un proche d'Anelka témoigne qu'il a de sérieux problèmes personnels. La pression, les rumeurs, la perspective d'un retentissant échec, la vie ; beaucoup de choses peuvent expliquer cet assourdissant dérapage.

Dimanche 20 juin 2010 - L'affaire aurait dû en rester là. Trop c'est trop, voyez. Dans une équipe normale, les joueurs auraient respecté leur entraineur et un tel dérapage n'aurait pas eu lieu. Mettons que si. Dans une équipe normale, tout du moins, un dérapage de ce type n'aurait pas été ébruité dans la presse et tout aurait été traité en interne, par la hiérarchie. Mais mettons encore que si. Dans une équipe normale, après un tel chaos, chacun aurait pris en tout cas le temps de faire face à ses responsabilités pour se reconcentrer sur le dernier match, qui n'a déjà plus qu'un enjeu relatif. Mais l'Equipe de france n'est plus une équipe normale.

Après la sortie hallucinante et totalement paranoïaque d'Evra à propos du traitre qui a vendu la mèche au quotidien sportif et qu'il convient de traquer, Franck Ribéry s'invite sur le plateau de Téléfoot pour s'excuser des performances des bleus auprès des français qui souffrent. 8 minutes de contrition d'un ridicule de très haute compétition. Des trémolos dans la voix, l'attaquant français jure que les joueurs veulent montrer un autre visage. Il évoque également le traitre et réfute les dernières rumeurs qui lui prêtent une attitude de caïd et une bagarre avec Yoann Gourcuff. C'est du n'importe quoi, nous savons tous que l'équipe a besoin de Yoann, dit-il.

Cet après-midi, les bleus doivent s'entrainer pour la deuxième fois en public. La météo ne sera pas contrariante, un grand soleil irradie le pré carré. Quand les joueurs se présentent sur le terrain, ils se dirigent instantanément vers le public massé tout autour. Ils serrent des mains, signent des autographes. Seul Evra n'est pas avec ses coéquipiers. Il est avec Domenech sur le terrain et Robert Duverne le préparateur physique, pour leur signifier que les joueurs refuseront de s'entrainer aujourd'hui en présence de la presse. Ils ne sont venus que pour saluer les supporters et faire un coup médiatique. Domenech marmonne incrédule : "ils sont fous, mais ils sont devenus fous". Duverne, lui, qui a préparé la séance du jour avec professionnalisme dit à Evra qu'il s'agit d'un manque de respect envers le staff. Le ton monte, Duverne est hors de lui tandis qu'Evra qui reste calme. Duverne est finalement retenu par Domenech et sort du terrain en jetant son sifflet au loin. On l'entend crier : "c'est fini, cette fois, c'est vraiment fini".

Les joueurs, après s'être réunis au bord du terrain, remontent dans le bus et après une discussion avec le sélectionneur, parviennent à l'obliger à lire un communiqué aux journalistes présents, dans lequel ils reprochent à la Fédération d'avoir exclu Anelka sans l'avoir écouté mais sur la seule base des propos rapportés par la presse. Une presse qui est à vomir selon eux. Dans la foulée, Jean-Louis Valentin, responsable de la délégation française en Afrique du Sud démissionne, mais ça, on s'en fout. Depuis, Duverne a démenti être la taupe. Et Evra a démenti avoir jamais cru que Valentin était la taupe. Pire que consternant.

Cette chronique n'est sans doute pas achevée.

Avec les idiots et les fous, il n'y a pas de fin et il n'y en aura jamais. Pendant deux ans, supporters, médias, sponsors n'ont cessé de croire à la bonne foi de joueurs, d'entraineurs qui ont menti et continuent de mentir de manière absolument éhontée. Il y aura donc d'autres épisodes, n'en doutez pas, à partir de demain, et d'autres, et d'autres, et encore d'autres, même lorsque ces pitres seront rentrés en France, et partis en vacances. Et retournés dans leurs clubs pour la saison qui s'annonce.

Les astres, eux, ne disent pas ce qu'il faudra d'énergie et d'abnégation à Laurent Blanc pour reconstruire sur ce champ de ruines.


Harald
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