vendredi 18 juin 2010

Bleu moisi


Suivre l’équipe de France est une pratique bizarre, mais ce n’est pas sale : comme le masochisme, ou le jeu du foulard, il faut y aller doucement pour ne pas se faire mal. Il faut l’expliquer longtemps, patiemment, à son entourage, faire de la pédagogie, pour faire comprendre que nous ne sommes pas tordus, que subir une humiliation rituelle tous les deux ans sur la scène internationale n’est pas si malsain que ça, que confier son enthousiasme à une organisation de glandus professionnels peut avoir une explication rationnelle, ou du moins sociologique ou psychiatrique.

Ce matin, j’envie ceux qui n’en ont rien à cirer du foot, ceux aussi concernés par cette épreuve (sic) que par un tournois de badminton pakistanais, et qui, constatant notre exaspération, nous prennent pour des guignols.

Voilà, c'est fait : les cadres (en bois) de cette équipe ont écarté le meneur de jeu Gourcuff, ils ont eu les clefs de l'équipe, et nous constatons l’épatant résultat. Franck « Einstein » Ribery, Nicolas « cri du contribuable » Anelka et ses coéquipiers se sont inclinés 2 à 0 face au Mexique, après un match nul contre l’Uruguay. Leurs chances de passer sont quasi inexistantes. Mais les bleus ont quand même une excuse, le sort était contre eux : ils ont joué contre une équipe de football normale. Dans ces conditions de jeu impraticables, face à des adversaires qui sont en place normalement, qui défendent normalement, solidaires normalement, qui de temps en temps, n’oublient pas de cadrer un tir, et par endroit déforment leur visage pour s’arracher des sourires, effectivement, comment voulez-vous vous en sortir ? Humainement, ce n’est pas possible, c’est trop dur.

Raymond « Raymond Domenech » Domenech a construit une maquette d’équipe avec des allumettes de joueurs. Une défense (en bois) pathétique : Gallas en retard perpétuellement, Eric « Penalty » Abidal fautif sur les deux buts. Le flanc droit, pardon, le flan droit est inexistant, qui donc déjà ? Raymond Sagna et Raymond Govou, celui-ci carbonisé à la 45ème minute, son ombre arrivant avant lui dans ses courses, suppliant le coach de le sortir, le coach faisant entrer Raymond « No time Toulouse » Gignac à la place de Raymond « Buster Keaton » Anelka. Francky « c’est bon » Ribery qui joue sur le côté gauche même au milieu. Diaby un peu décevant dans son rôle de doublure d'Abou Diaby. Rendons grâce au survivant Florent Malouda, un vrai joueur de foot dans une formation 0-1-0 taillée pour se prendre une bonne valise (et pas en carton).

On pourrait continuer longtemps comme ça, mais je m'aperçois que j'ai des choses plus importantes à faire : me curer le nez, par exemple. Réjouissons-nous : ce spectacle d’un je-m’en-foutisme indigent va, on l’espère, forcer un nettoyage en profondeur, de ces instances qui ont maintenu un Raymond « euro 2008 / mondial 2010 » Domenech en place, de ces joueurs qui semblent s’ennuyer à pleurer d’être là, pour peut-être envisager un Euro 2012 convenable, en espérant – rêve fou - une modeste sortie des poules, cette fois-ci. En attendant, fouettons-nous, marions-nous avec Rama Yade, faisons la gueule (de bois).

Pat
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