vendredi 25 juin 2010

Malin comme un italien


Ce matin, j’ai l’impression de m’être fait sécher dans la surface avec interdiction de me rouler par terre en me tenant le tibia. C’est la règle des coupes du monde, me dis-je, philosophe. Les quilles tombent les unes après les autres jusqu’à ce qu’il ne reste qu’une. Ce sont parfois les vôtres qui tombent toutes d’un coup.

Je suis néanmoins fier de ces bleus là, paradoxalement. Triste bien sûr mais pas honteux. Les italiens avaient les jambes qui tremblaient comme des feuilles, leur assise défensive tenait sur les épaules d’un vieux briscard dépassé. Leur gardien était sur le flanc, leur stratège à l’infirmerie. C’était un peu trop, sans doute, pour une équipe qui manquait un peu de talent.

En fait, cette équipe d’Italie me fait penser à l’équipe de France 2002. Une équipe dont la fortune a fait voler les certitudes en éclats, à peine 4 ans après un sacre mondial. En 2002, je ne parvenais pas à en vouloir à l’équipe de France. Elle nous avait gavés de victoires, comme aucune autre équipe ne l’avait fait. De la même façon, quand je vois l’orgueil défait d’un Quagliarella en pleurs (quel magnifique nom, n’est-ce pas ?) allongé sur l’herbe comme un gosse, je n’ai pas envie non plus d’être en colère. Ni contre lui, ni même contre Cannavaro, l’ancien ballon d’or, qui a sans doute fait la compétition de trop. Encore moins contre Lippi, l’entraineur, qui reste un maître absolu de cette science tactique qu’est aussi le football. Mais pas seulement...

Depuis hier justement, toute la presse se répand en louanges à son propos, à cause des quelques mots qu’il a prononcés en conférence de presse. La classe, dit-on, la classe absolue. Parce qu’il assume tout, la défaite, le manque de solidarité de l’équipe, la peur qui a contaminé les joueurs. Il assume tout : trop de changements tactiques ; son incapacité à rassurer des joueurs, impuissants notamment face à une équipe néo-zélandaise composée en partie d’amateurs et de joueurs sans club.

Lippi est un homme intelligent. C’est pourquoi on peut légitimement penser qu’il a pesé chaque mot de cette intervention. Maître en stratégie, il l’est aussi en communication. Comme tout grand entraineur doit nécessairement l'être. Les jours précédant cette funeste rencontre contre la Slovaquie, Lippi n’était d'ailleurs pas du tout sur un mode aussi classieux qu’hier. Comme tout entraineur qui se respecte, soucieux de protéger son groupe, hautain, il avait balayé les doutes de la presse italienne d’un revers de main, il avait rembarré plus vertement les insistants. Ce n’est qu’après la défaite que Lippi vira de bord, version Smalto-élégance. Assez subtilement, il faut le reconnaître. Sur la base d'un calcul élémentaire. Personne n’ignore les conditions de l’élimination rocambolesque de l’autre grande équipe bleue de la compétition. Pas vous en tout cas. Personne n’ignore la faillite morale et sportive de tout le football français, depuis ce que vous avez suivi de ce feuilleton à multiples rebondissements que constitua le parcours du onze tricolore. Personne n’ignore encore le comportement atterrant de Domenech (qui avait déjà insulté toute l’Italie après la défaite de la France en 2006) refusant de serrer la main de son homologue sud-africain pour une sombre histoire d’orgueil mal placé. Personne et surtout pas Lippi, qui malgré la défaite de son équipe au même stade de la compétition a tout fait pour que l’on établisse un parallèle entre les situations des deux sélections. Les joueurs français continueront d’être des millionnaires sans âme. Les joueurs italiens s’en tireront avec quelques commentaires sur leurs vieilles jambes en déclin. On se souvient que les joueurs français sont sortis du terrain sans un mot, avec le masque. On se souviendra que malgré les nœuds qui contractaient leur estomac, les italiens luttèrent jusqu’au bout pour finir en larmes. On se souvient que Domemech n’a rien dit de ses responsabilités dans l’échec et qu’il acheva de ternir son image en se faisant une éternelle réputation de mauvais joueur. Lippi fit en sorte de rester le plus digne possible en reconnaissant la faillite de l'entreprise tout en choisissant d’en assumer seul l’entière disponibilité.

Les médias sont évidemment ravis, ils ont leur classieux de service. Avec Lippi et Domenech, ils tiennent leur échelle de contraste. Sans le savoir, ils auront reçu une leçon florentine, tiré tout droit du dernier chapitre du manuel de manipulation, intitulé : Savoir réussir sa sortie.


Harald
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