vendredi 28 mai 2010

Pourquoi Robert Pires l'a mauvaise ?



Robert Pires est aigri. Il a pourtant tout gagné ou à peu près tout ce que peut gagner un footballeur dans une carrière – et je ne parle ni de l'argent ni des femmes aux mœurs légères qui font comme chacun sait partie du lot offert à ces grands rêveurs romantiques que sont les footballeurs.

Robert Pires est champion du monde. En 98, il fut l’auteur de l'avant dernière passe qui conduisit au but en or* marqué par Laurent Blanc lors du huitième de finale de Coupe du Monde France-Paraguay. Dit comme ça, ça n'a l'air de rien, pourtant, si cette passe n'avait pas existé, l'Equipe de France ne serait jamais devenue championne du monde pour la première fois de son histoire.

Robert Pires est également champion d’Europe. En 2000, il adressa lors de la finale le centre décisif qui permit à David Trézéguet d'inscrire le but de la victoire et de crucifier l’Italie. Encore un but en or - mais le dernier de l'Histoire du jeu.

Pires fut longtemps un joueur plus à l'aise en club qu'avec l’Equipe de France, qui pratiquait – à sa décharge – un jeu sans doute trop défensif pour lui. Sa lenteur et son manque de vista lui étaient préjudiciables dans une organisation de jeu coincée du cul au sein de laquelle il semblait souvent aussi crispé que crispant. En dépit de ces handicaps, le joueur est pourtant parvenu à être décisif, à tirer son épingle du jeu.

Avec Arsenal, Robert Pires fut plus à son avantage. Il fit partie de cette fameuse équipe de frenchie qui fit tomber en pamoison les petits gars du nord de Londres** et bientôt le reste de l’Angleterre. Si Pires glisse lentement vers la fin de sa carrière, tout comme ceux de sa génération, il a encore quelques beaux restes et sort de saisons honnêtes avec un bon club d’Espagne, Villareal. Son avenir se situe peut-être en France, pour un retour qui marquerait pour lui une forme d’ultime challenge. Ou ailleurs.

Malgré cette riche carrière, Pires a toutefois en travers de la gorge d'avoir été raccompagné à la porte de l'Equipe de France par Raymond Domenech. C’est pourquoi il lui voue une haine sans limite (détestation qu'il partage du reste avec nombre de ses compatriotes). Aussi, ne manque-t-il pas de disserter à propos de son incompétence suppposée ou de sa mauvaise gestion du groupe – rien que de très courant en réalité. Mais il y a plus surprenant ! Pires affirme également - sans une once de doute dans la voix - que le sélectionneur français n’aurait aucune influence sur les résultats de son équipe. Pour être plus exact, elle serait essentiellement négative lorsqu’elle ne serait pas phagocytée par les joueurs eux-mêmes, préférant alors avoir recours, dans une sorte de réflexe de conservation, à l’autogestion.

En d’autres termes, si la France est parvenue en finale de la coupe du monde en 2006, elle ne le doit qu’aux joueurs seuls. Si elle s’est faite enfumée lors du championnat d’Europe en 2008, elle ne le doit qu’à l’incompétence crasse du sélectionneur. Si d’aventure, la sélection tricolore se relevait de ses cendres lors du mondial sud-africain, on ne le devrait à nouveau qu’au caractère bien trempé de ses joueurs. Autogestion, autogestion, autogestion. 11 joeurs, 11 entraineurs. Aussi sournoisement qu'habilement, avec l'air de ne pas y toucher, ce cher Robert ne manque jamais de préciser, à chaque fois qu'il se lance dans ce genre d'audacieuses diatribes, qu'il connait bien les joueurs qui ont fait les beaux jours de l'Equipe de France en 2006 (entendez Zinnedine Zidane, Lilian Thuram) comme ceux qui la composent aujourd'hui. Par la même, il sous-entend, sans n'en rien dire explicitement, que ses assertions sont également accrédités par les joueurs de l'Equipe eux-mêmes, sous le sceau de la confidence...

Même si l’Equipe s’autogérait (ce qui est par nature presque impossible quand on comprend un peu ce qu’est le football, notamment en terme de tactique et d’animation du jeu) Domenech aurait tout du moins l’intelligence de ne pas interférer, l’intelligence de considérer ses joueurs comme autre chose que des enfants. Ce serait là même la plus parfaite démonstration de son intelligence et de son aptitude à gérer les hommes.

Même dans le cas où Robert Pires aurait en partie raison, il faudrait toujours que le sélectionneur détermine une tactique, le placement des joueurs sur le terrain, et l’on voit bien (si l’on a vu le match préparatoire mercredi contre le Costa Rica) la capacité qu’a eu Domenech (quoi que l’on pense de l'homme et de son évidente mégalomanie) à mettre les joueurs dans les dispositions - techniques et psychologiques - qui leur permettent de s’exprimer. Aparté technique pour parfaire ma démonstration : si Domenech persistait à faire jouer Ribery à droite, celui-ci ne galoperait pas comme un chien fou comme lors de ce même match, tout heureux d’animer enfin le couloir gauche, dans lequel il se sent en terrain connu.

Ce qui m’amène à dire ceci. Si Domenech n’est pas si incompétent qu’on veut bien le dire – du reste, que n’a-t-on dit de ses prédécesseurs - s’il a bien une influence sur le jeu et les résultats de son équipe (qu’ils soient positifs ou négatifs), alors Robert Pires apparait sous son vrai jour. Un joueur blessé, comme tant d'autres avant lui, doublé d'un véritable fouteur de merde (c'est plus rare déjà). Préretraité, il reste ainsi fidèle à l’image que renvoyaient sous le maillot bleu ses courses pataudes et ses deux pattes positionnées en canard : aussi crispé que crispant***.




*Le but en or n’existe plus. Ce fut pendant quelque temps une piste envisagée pour réduire le recours aux séances de tirs au but en cas d’égalité à la fin d’un match. La règle était simple. La première équipe à marquer pendant une prolongation remportait le match. Cette règle fut abandonnée lorsque l’on se rendit compte qu’elle était encore plus cruelle que la fameuse loterie des penaltys tant décriée.

**La capitale anglaise compte beaucoup de clubs, souvent rattachés à des quartiers de la ville. Arsenal, club du nord de Londres, est l’un des plus chargés d’Histoire de la ville.

***Ceci dit, Robert Pires ne sera le premier « ancien » à l’ouvrir à tout bout de champ. Il est parfois difficile de supporter les propos péremptoires et puants d’anciennes gloires infatuées. Dans le désordre : Beckenbauer, Cruyff ou Platini lui-même.


Harald
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